Reconnaissance terrain 2011

Çà y est Valérie et Marie-Odile nous ont livré leur reconnaissance terrain du Rallye des Gazelles 2011 c’est en ligne sur le site du Rallye des Gazelles : un récit qui nous met l’eau à la bouche. A lire absolument. Après la lecture de cette page, retrouvez leur récit sur le site des Gazelles : http://www.rallyeaichadesgazelles.com/uploads/files/pdf/les_mots_vagabonds_1.pdf

A trois mois du départ,  deux options à la lecture de ce récit :

  • Si on est une navigatrice avertie, on identifie toutes les évocations des lieux que nos deux éclaireuses sont allées dénicher cet automne et on essaie de les localiser sur une de nos cartes de Gazelles, encore toutes griffonnées de nos annotations et de traces de gommes quand nous placions nos points.
  • Deuxième option : si on est une pure litttéraire, on se précipite sur le récit de Val et Mo et on le lit de la première à la dernière ligne parce que c’est une très belle histoire. Notre imaginaire suivra chaque étape de leur récit et nous voilà sur le siège passager (clandestin) dans le 4×4 de reconnaissance !

Plus littéraire que douée pour les cartes, j’ai tout lu avec excitation et admiré la sélection de leurs photos. Des photos tellement évocatrices de mes propres expériences de Gazelle que je me suis amusée à juxtaposer quelques unes des photos de Val et Mo aux miennes. 

Le résultat est amusant… un peu comme si je connaissais déjà ces endroits. Mais ce n’est pas le cas. Je vous livre mes récits à moi, les photos à gauche sont celles de la reconnaissance de Val et Mo et à droite, j’ai placé les miennes. Amusez-vous à faire la même chose avec les vôtres pendant qu’il neige !

 

Abondance –

C’est vrai que l’abondance et la profusion du nord sont frappantes par rapport à l’aridité et au minimalisme du sud. On traverse le nord en mars pendant l’étape de liaison vers Erfoud, exaltées par notre enthousiasme et notre impatience de rejoindre le grand sud.

On en regrette presque de ne pouvoir s’arrêter pour se fondre dans ces paysages qui nous sont si familiers. Alors que nous venons de quitter le climat encore froid de la France, on retrouve un début de printemps tout aussi frileux dans le nord du Maroc. L’Atlas est encore sous la neige,  les bergers sortent tout juste les troupeaux et les font paître dans ces prés qui ressemblent tant à ceux du Limousin, de Bourgogne ou d’Auvergne.  L’eau ruisselle dans tous les torrents et les rivières, l’air est léger. Difficile d’imaginer que dans quelques heures, nous atteindrons le désert et passerons du printemps à l’été.

 

Dépouillement –

Prologue en mars 2010 : nous nous sommes engagées dans une zone difficile à franchir. Des pierres coupantes dont il faut se méfier car elles n’épargneront pas nos pneus. Nous progressons lentement. A gauche, j’aperçois la 101. Après avoir tenté de franchir la montagne au cap, Corinne et Michèle viennent de s’engager dans la gorge qui mène de l’autre côté, vers la vallée tout aussi désertique mais plus roulante.

Le dépouillement est extrême : pas un brin d’herbe. Le désert minéral dans toute sa beauté, la seule illusion de vie autour de nous est celle que le vent apporte, avec l’impression d’entendre des moteurs à gauche ou à droite Rien pourtant.

Nous nous engageons dans la  passe : le 4×4 tangue,  suit les dévers, remonte à droite quand les blocs de pierres sur la gauche sont trop gros pour qu’il puisse les franchir. Progression lente, minutieuse, pas question de passer en force, trop de risque d’y abimer le chassis, impossible de s’arrêter. 

Voilà nous sommes passées, un petit passage technique qui nous aura permis d’éviter un report de cap trop long. Ne jamais renoncer à ce genre d’exercice : un vrai plaisir pour la pilote et pour la navigatrice qui aime bien quand on choisit de passer au cap.

 

Genèse  –

C’est amusant comme ces deux photos sont proches : le ksar en premier plan et les montagnes derrière… et voilà bien l’exemple des pièges que nous rencontrons pendant le Rallye des Gazelles : reconnaître la topographie.

On veut croire que ce qu’on voit est bien ce qu’on espère !  « regarde, c’est çà, on a le ksar en premier plan et la montagne derrière… ». Je ne suis pas une souris pour m’être glissée dans les pages du roadbook de Val et Mo pour leur reconnaissance du Rallye des Gazelles 2011, mais une chose est sûre : nos deux photos n’ont  pas été prises au même endroit même si on pourrait s’y méprendre. 

Et la voilà la genèse : c’est le commencement d’une longue série de certitudes et de confusions que nous connaîtrons  sur le rallye, c’est l’origine de notre acharnement à fixer la carte et notre cap comme si, par notre seule envie de la débusquer, la balise allait sortir de terre miraculeusement, et c’est finalement souvent la cause de nos kilomètres en trop parce que nous partons tout simplement d‘une hypothèse fausse… certaines d’être là, et pas là c’est sûr. Vraiment sûr ?

 

Retrouvailles –

Oh oui comme on aime les retrouvailles avec ces paysages- là : ils comblent de bonheur la pilote et la navigatrice car ils sont un cocktail qui nous révèle  les complémentarités de notre équipage : la pilote y trouve le plaisir de conduire en passant d’un terrain à l’autre, en évitant les quelques herbes à chameaux parsemées ici et là mais bien visibles, veille à avoir suffisamment de puissance pour ne pas se laisser enliser à plat sur le terrain sableux, décide peut-être de dégonfler si la zone de sable est vraiment trop longue à franchir.

Finalement, elle passera tout schuss en allant poser ses roues sur un terrain plus dur et stoppera le 4×4 pour permettre à sa navigatrice de compter les nichons. Enfin vous m’avez compris, on parle entre gazelles. « Un, deux, trois… la passe est là, juste après le troisième ». Elle revérifie sur sa carte en l’orientant au sol, elle est sûre d’elle, elle a raison. C’est là. On les aime ces retrouvailles entre les deux gazelles quand la journée rigole,  avec ces paysages qui nous permettent de progresser avec notre roadbook et la carte vers nos balises. Ils mettent de la bonne humeur dans la voiture.

Illusions –


Combien de fois avons-nous foncé droit vers ces gros insectes minéraux posés au milieu de la pampa, certaines que notre balise s’y trouvait ? Regardez les deux photos,  celle de Val et Mo à gauche et la mienne à droite. Ne dirait-on pas le recto et le verso ? On arrive sur le gros insecte, coup d’œil au terratrip : « vas-y, il faut le dépasser, il reste encore 650 m, elle est derrière c’est sûr ». Il y a une variante à cette phrase: « elle doit être derrière, c’est pas possible autrement ! ». Tout dépend depuis combien de temps on cherche…

Bon, une illusion perdue ? D’accord, mais pas de quoi stopper deux gazelles, juste un peu plus de stress. Il faudra poser sa carte pour identifier à quoi pourrait bien correspondre ce gros insecte, peut-être même faire une triangulation… pour finalement arriver à la conclusion qu’il faut passer de l’autre côté de la chaîne de montagne qu’on aperçoit en arrière-plan. « c’est pas vrai, alors on serait là ? comment on a fait pour s’écarter du cap à ce point ? »

Renoncement –

Je vous l’accorde : la photo des ânes c’est un peu facile, toutes les gazelles en ont une. Ne le dites pas à Val et Mo mais je trouve l’illustration de l’âne très mal choisie pour symboliser le reconcement. Ne dit-on pas « têtu comme un âne » ?  Et ce n’est pas parce que ces deux-là tournent le dos qu’ils renoncent. Simplement, ils se font prendre en photo par 200 gazelles, 85 orga et 54 photographes tous les ans. Sans compter les touristes.  Reconnaissons-leur le droit de tourner le dos.

Bon revenons au renoncement, MO sait bien ce que je pense du renoncement. Pour les gazelles, cela peut être une extraordinaire roue de secours si on sait l’utiliser. Le renoncement n’est pas un échec, c’est tactique. Il faut y avoir recours de temps à temps. Chacune sa recette du renoncement ; c’est comme le sel, il en faut une pincée mais il ne faut pas l’oublier car sinon le goût peut être amer. Juste un détail : en règle générale, on dit qu’il faut que les deux coéquipière soient toujours sur la même longueur d’onde. Globalement d’accord exception faite du renoncement. Si l’une renonce, l’autre non : elle doit la pousser… comme un âne.

Vertige –

 On a tellement envie de croire qu’une fois arrivées en haut, on pourra redescendre. On grimpe le 4×4, pas trop vite, on ne sait pas ce qu’on va trouver, pas question d’engager le nez si on n’est pas sûres… çà y est, on ne voit que le nez du capot, la navigatrice nous fait signe, on bloque immédiatement. Cette fois-ci, on ne passera pas. 300 m de ravin, aucun passage. On fait demi-tour et on va calculer notre report de cap. C’était bien essayé. Parfois, on passe quand même. Ce n’était pas au même endroit, d’ailleurs ce n’est jamais au même endroit, c’est pour cela qu’il faut aller voir, même pour le plaisir. Et puis on en profite  pour faire une pose photo et une pause protéines : manger sa barre céréale ou boire son sachet de protéines avec une vision à 360°, c’est royal !

Ivresse –

Merzouga :  je suis définitivement impressionnée par ces dunes. Elles me rappelent les Hautes-Alpes car la nature y reprend ses droits . Sur cette photo prise au petit matin,  lumière technicolor et ombre gracile posée sur la dune à contre-champ, comme un guerrier Massaï. Mais non, c’est moi en train de prendre la photo… Incroyable ces mirages  dans le désert.

Les flancs des grandes dunes ont beau être parcourus par les stries des pneus de 4×4 qui viennent les griffer , les grandes dunes sont immuables. Comme en montagne, les parcourir et les atteindre demandent de la technicité, de la prudence car sinon la sanction est immédiate : pelles à portée de main.  Oui elles m’impressionnent et jusqu’à maintenant je ne les ai pas encore prises.  En 2010, le succès de nos trois petites X gagnées avec une étonnante facilité (probablement la chance) a vite été effacé par la 4ème X que nous n’avons jamais atteinte…. Les Hautes-Alpes, je les apprivoise année après année,   alors les grandes dunes n’en ont  pas fini avec moi…. A moins que j’aille faire la tournée avec la Poste en 2011.

Rondeurs –


Aux grosses pierres noires tantôt rondes tantôt cassantes de Val et Mo,  je préfère la rondeur rassurante et chaleureuse des galets au fond des oueds. Ils désignent un sol suffisamment dur pour  rouler, c’est une couleur de soleil et une promesse d’eau au désert qui en a tant besoin.  Alors les oueds, ne nous privons pas de les emprunter quand ils sont praticables… à condition qu’ils soient sur notre cap, ce qui n’est pas toujours le cas… dommage, ils sont tellement tentants ces oueds autoroutiers qui nous éviteraient le piège des zones d’herbes à chameaux qui les bordent.

Sauvegarde –


C’est bien vrai que notre mémoire est pleine et elle est vive aussi. Le disque dur de nos rallyes ne n’efface pas et est bien sauvegardé.  Certaines des photos que nous avons prises peuvent paraître anodines aux autres mais  pour nous,  chacune a un sens, chacune  raconte une histoire.  Pour ne pas lasser notre entourage, on renonce parfois à raconter.

Moi pas ! je raconte, comme l’épisode de cette dentelle de pierres noires  : c’est un report de cap que je n’avais pas envie de faire. J’aurais voulu descendre la marche des pierres noires qui mesurait plus de 60 cm. J’adore ces exercices-là, il faut de la précision, du sang-froid, piloter au centimètre près. Bien sûr, il aurait fallu déplacer quelques pierres mais après tout, ne déplace-t-on pas des montagnes pour prendre le départ du Rallye des Gazelles ?

Ce jour-là, nous n’avons rien déplacé et avons juste effectué  3 ou 4 km supplémentaires pour aller friser la dentelle noire de ce muret naturel de schistes bitumineux. Une terre à pétrole sans doute.

Promesse –


Promesse du retour, promesse de repartir :  la photo de ce coucher de soleil a été prise en 2009 dans les dunes de Chegaga. Le lendemain sonnait la fin du premier rallye auquel j’ai participé et je savais déjà que je reviendrais. Toutes la Gazelles le savent : première fois pour voir,  deuxième pour comprendre et troisième pour gagner.  En 2009, j’ai bien vu qu’il fallait que je revienne pour comprendre ce que je n’avais pas vu la première fois. Vous êtes toujours avec moi ?

Quant à gagner, je ne suis pas la seule à l’espérer et si le rallye reste une compétition, une chose est sûre : le rallye des Gazelles est toujours la promesse d’un très bel épisode de notre vie, pour peu qu’on accepte tantôt de lâcher prise, tantôt de se surpasser mais avec toujours le même sentiment de victoire parce que c’est quand même bien pour cela qu’on s’est battues et que nous sommes venues avec notre coéquipière.

Retrouvez la reconnaissance du Rallye des Gazelles de Val et Mo 2011 sur le site Rallye des Gazelles :http://www.rallyeaichadesgazelles.com/uploads/files/pdf/les_mots_vagabonds_1.pdf

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