Concours-vidéo Rallye des Gazelles

Adieu au miroir aux alouettes des concours sur internet ; enfin le retour des vraies valeurs du Rallye des Gazelles

Au départ, une belle idée : nous permettre de faire parler de notre équipage avec une perspective de gain sérieusement alléchante : la pyramide des lots avait de quoi nous motiver pour écrire le scénario, trouver la caméra, le logiciel et les compétences pour réaliser cette vidéo et la poster le jour dit. Et puis, dès le premier jour du vote, naissent les doutes sur la régularité des votes.

Réaction immédiate de l’organisation du concours : la modification des règles du jeu permettra d’éviter la fraude (pas si sûr…) en se calant sur l’adresse IP . Ce qu’autorisait le règlement au début l’interdit désormais, en neutralisant de facto, les votes émanant des entreprises ou des familles. Dommage mais la règle a le mérite de réajuster les compteurs pour tout le monde.
Mais l’effet bien plus pervers est le poison de la suspicion qui s’est insinué dans l’esprit des Gazelles. On ne comprend pas l’évolution des votes, on continue de s’interroger sur la façon de générer autant de votes en si peu de temps, et pourquoi si souvent la nuit, on cherche des explications sur Google, on en parle entre nous, le concours occupe notre esprit. Faut-il poursuivre coûte que coûte pour tenter de gagner un de ces trois lots ? A quel prix ? La concurrence rageuse et la suspicion font-elle partie des valeurs qui nous animent quand on est une Gazelle ?

La concurrence du jeu et la perspective du gain peuvent-t-elles  émailler  les valeurs de solidarité des Gazelles ?

Un peu plus de 200 voix : c’est le score de la vidéo de notre équipage, avec comme bande son « Ain’t no mountain high enaugh ». Plus que des notes de musique, une véritable ambition.

Ce piètre résultat  traduit mon choix de renoncer à « jouer » à ce concours. Si la modification du règlement a été un signe fort pour tenter de rétablir la régularité du jeu,  l’atmosphère autour du concours ne s’est pas améliorée .  Renoncer à ce concours, je ne m’en suis pas vantée car je n’en suis pas particulièrement fière. Le renoncement n’est pas dans le code génétique d’une Gazelle.  Il m’a pourtant semblé que ce choix correspondait à l’idée que je me faisais des valeurs du Rallye. Sur le Rallye, nous sommes en compétition mais nous nous entraidons sans que cela puisse être pollué par la perspective d’un  gain financier à l’issue de la course.  Ce concours vidéo vient de  nous confronter  au piège glauque des jeux-concours sur internet : sans foi ni loi, tout est bon pour gagner. 

Bien sûr, certains équipages vont courir pour des associations. Et alors ? toutes les causes médicales, humaines ou sociales sont respectables et toutes ont la même valeurs aux yeux de ceux qui les défendent, qu’il s’agisse de la recherche sur différentes maladies, les plus connues mais aussi les maladies rares,  l’hospitalisation des enfants,  tous les actes de solidarité en général.  Certaines de ces causes sont plus ou moins médiatisées et bénéficient de soutiens financiers très inégaux. En disant cela, je pense à Patricia qui demain distribuera ses flyers. La victoire se gagne aussi sur le terrain et pas seulement sur son clavier. Vas-y Patricia !

Inciter au vote en faveur d’un équipage est la règle de base de ce concours vidéo. Mais peut-on  inciter au vote en faveur d’une cause médicale ou humaine plutôt qu’une autre? Maladroit certes, mais rien ne l’interdit  …

Evidemment, il faut être précis sur le sens des mots :  gagner 8000 € ne permettra pas à cette cause d’être mieux défendue ou davantage partagée. Ces 8000 € vont juste permettre à  deux femmes de participer au Rallye des Gazelles et à cette occasion, elles fourniront une certaine visibilité à la cause pour laquelle elles  s’engagent …  à moins bien sûr, qu’en cas de victoire au concours vidéo , l’équipage victorieux  reverse immédiatement  le montant de son gain à la cause en faveur de laquelle elle milite. Tiens, c’est une idée, çà ? Un tel geste honorerait  l’équipage concerné.

Il ne reste plus que quelques heures avant de connaître les 3 équipages victorieux. Parmi eux,  figurera peut-être un équipage Canadien. Bonne nouvelle car les canadiennes sont des fidèles parmi les fidèles du Rallye des Gazelles.  Leur tactique est peut-être de s’allier entre elles pour faire gagner l’équipage Canadien qui est le mieux placé. Si c’est le cas, bravo : c’est un bel exemple de solidarité de gazelles…et un bon esprit tactique, parfaitement dans l’esprit des Gazelles.

Au final, les aléas de ce concours auront eu pour effet de rapprocher certaines Gazelles : celles qui se connaissaient sont plus proches encore, celles qui défendent une cause ou une association ont pu la faire connaître, la cocitoyenneté a bien marché aussi . Donc, l’esprit communautaire, celui du web 2.0, du buzz,  a bien fonctionné.

Se remettre à l’ouvrage : viser l’horizon du départ, relever son cap, et y aller

Oui mais voilà : le 5 décembre, seulement six Gazelles vont sauter de joie et plusieurs dizaines d’autres éprouveront déception et amertume. C’est vrai qu’à l’arrivée du Rallye, nous sommes bien plus que six à sauter de joie. Aux six gagnantes du concours,  on ne va pas reprocher d’être heureuses. Si leur parcours a été loyal et honnête, tant mieux pour elles.

Mais pour toutes les autres qui ne font pas partie du Top3, que d’efforts, que de mails envoyés, d’argumentaires, de coups de fil à des contacts qu’on avait perdu de vue depuis longtemps : « tiens, au fait, je voudrais juste te demander un service, il te suffit juste de voter sur internet… oui, oui, bien sûr on s’appelle,  il faut absolument qu’on se voit.»  Vous vous reconnaissez ?
Alors il va falloir faire passer cette amertume et cette déception. Pourquoi ce concours a-t-il pris autant d’importance ? Que nous a-t-il apporté (hormis aux six premières) et en avions-nous vraiment besoin pour partir ? C’est pourtant la première fois qu’il a lieu (qui a dit : espérons que ce sera la dernière ?) Après avoir flirté avec le monde des gamers, redevenons Gazelles. Gazelles nous sommes ou nous voulons être.

Pugnacité, inventivité, conviction : çà c’est la recherche des sponsors, et c’est tellement bon quand ils disent oui. Courage, solidarité, entraide : çà c’est quand nous nous retrouvons chaque année pendant 15 jours. Là est notre contrat.

Alors les filles, on balance son clavier par-dessus son épaule en même temps que son amertume, sa déception et ses doutes. La Gazelle est chasseuse et c’est la saison des sponsors. Ne laissons pas le doute nous envahir : la fin de l’année est toujours une étape difficile. On se dit : « à Noël, il faut qu’on ait les ¾ du budget sinon c’est mort ». Bien sûr que non, ce n’est pas mort : on s’inscrit jusqu’en février et de surcroît, le Rallye 2011 débute cette fois-ci une semaine plus tard. Et vous savez bien qu’en une semaine, tout peut arriver.

 “Ain’t no mountain high enaugh, ain’t no valley low enough”…   la bande-son de notre vidéo. Je ne m’en lasse pas !  Ces 200 petites  voix pour notre vidéo ont renforcé mon « noyau dur » : alors merci à toutes celles et ceux qui ont voté pour nous.
C’est vrai :   il n’y a ni montagne assez haute, ni vallée assez encaissée pour m’empêcher de continuer à chercher des sponsors, à préparer le rallye avec ma coéquipière, à réviser la navigation lors du stage de nav à Saze en janvier ou février, et prendre en main le 4×4 que nous piloterons. Pas de montagne assez haute pour m’empêcher d’apposer ma signature sur les 20 pages du dossier d’inscription en février :  si barbant à remplir mais quel pied quand on le glisse dans l’enveloppe.
Alors un conseil : oubliez le miroir aux alouettes d’internet :  le web c’est super quand il nous permet de nous rapprocher les unes des autres,  à travers nos blogs et nos pages Facebook.  Pour le reste, oublions-le.

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